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Quelques voix chinoises pour le Tibet
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Auteur :

FRANCE-TIBET
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Socializer
 
Bouddhisme :
Tibet
Religion du Monde :
Bouddhisme
Source :
Association France Tibet
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Quelques voix chinoises pour le Tibet


 


Quelques voix chinoises pour le Tibet


Un drapeau tibétain accroché dans Paris
(par un grimpeur expérimenté !)

Où commence le monde, où s’arrête un autre monde ?
Drôle de question pour une drôle de réflexion : vous qui lisez ces lignes, peut-être vous intéressez-vous au Tibet et vous savez que le 1er septembre 2005, les autorités chinoises ont tenu à marquer en grande pompe le 40ème anniversaire de la création officielle de la Région dite autonome du Tibet. A leur manière, bien sûr : en bouclant le territoire pour dix jours avec des arrestations à la clef, et en se livrant à une parade très martiale avec levée de drapeau rouge au grand mât devant le Potala, face à un public tibétain choisi mais muet dans ses plus beaux atours - comme ordre lui en avait été imposé en vue de cette participation obligatoire sous peine de sanctions.
A ce propos, silence dans la presse toutes tendances confondues - écrite, parlée, imagée. Faute d’informations ? Pas vraiment, mais les regards sont pudiquement portés ailleurs.
Pas le moindre écho non plus d’un commentaire de Pranab Mukherjee, ministre indien de la défense, déclarant laconiquement le 7 septembre : "les préparations militaires et le déploiement de troupes par la Chine dans les régions frontalières du Tibet et du Sikkim près de l’Arunachal Pradesh, ainsi que dans l’Aksaï Chin dans le district du Ladakh du côté du Tibet et de la province chinoise du Xinjiang ont créé une situation alarmante." Il manque souvent des pièces au puzzle, sans doute parce qu’il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre... Questions donc sans réponse, ce qui ne devrait empêcher personne de les poser et d’y réfléchir : en cela aussi le Tibet nous concerne.
Autre question, tout aussi incongrue peut-être : à quoi rêvent les Chinois ? Ou du moins, certains d’entre eux ? Les lignes suivantes indiquent une voix (voie ?) originale :
« Un leader est l’un des éléments qui manquent le plus dans la politique de transformation de la Chine. La source des leaders des Han eux-mêmes est presque complètement tarie. Des années durant, je les ai observés l’un après l’autre, à mesure de leur apparition sur la scène politique, dans l’espoir d’en voir un qui puisse éventuellement sortir la Chine de la crise. J’y ai finalement renoncé. Mes compatriotes han ne sont pas dépourvus d’excellents talents dans nombre de domaines, mais la personne possédant toutes les qualifications n’est jamais apparue. Ce genre de personne n’est pas un seigneur de guerre qui dirige en despote un territoire, ni un fonctionnaire à l’aise dans les schémas et les astuces, pas plus qu’un rebelle qui se lance dans la révolte. Ce doit être un leader qui équilibre tous les facteurs, unit tous les camps, doté de charisme personnel et d’autorité spirituelle, accepté et admiré dans le monde entier, capable de mener la Chine vers l’achèvement de la mutation vers la liberté et la démocratie, afin de créer une société nouvelle et qui, en même temps, n’utilise pas le pouvoir comme sa propriété personnelle. Bref, ce doit être un leader comme le Dalaï-lama. »
Laissons au moins à son auteur, Wang Lixiong, le mérite du courage et de la franchise. Il n’est certes pas le premier, Wei Jingsheng l’avait fait bien plus tôt et avait payé très cher son souci des droits des Tibétains, mais il faut croire que des graines mûrissent une fois semées même à l’aveuglette... Un débat, sinon le dialogue, peut s’engager une fois ouverte la brèche, tout en sachant que les locataires de la Cité interdite, trop occupés à leur quête effrénée de pétrole et d’énergie, préfèrent courtiser les puissants des pays d’Occident en faisant tinter des espèces sonnantes et trébuchantes pour mieux les endormir.
Au fait, que disait le bon La Fontaine à propos du corbeau et du renard ?
D’autres idées fortement incorrectes selon l’orthodoxie officielle chinoise s’alignent au fil des pages du livre «  Unlocking Tibet  »* et ces regards décapants offrent une grille de lecture qui ne laisse pas indemne l’impérialisme han, pas plus que l’analyse de la situation religieuse au Tibet actuel ne laisse entrevoir de répit dans la répression. D’ailleurs, la réunion du Bureau politique du parti communiste du 26 août 2005 n’a laissé planer aucun doute : le programme de développement économique du Tibet est d’abord politique, visant à « assurer la stabilité et la sécurité par un contrôle central accru en vue d’une plus grande assimilation du Tibet dans un Etat chinois unifié. » Pas de quoi pavoiser, les choses sont dites sans nécessité d’interprétation : qui s’en soucie ?
Inutile toutefois de peindre le diable sur la muraille, même de Chine. Car il faut tout autant et même davantage prêter attention à ce qui est dit, mais sans fanfare, par Woeser, en guise d’ouverture aux réflexions de Wang Lixiong. Eduquée dans les écoles chinoises, s’exprimant en chinois, la jeune femme n’en est pas moins foncièrement tibétaine dans son être - ce qui lui a valu, par le biais de ce qu’elle a écrit, l’ire et les sanctions de sa hiérarchie pour s’être faite le porte-voix du Tibet bâillonné, des Tibétains sans voix. En fait, note-t-elle, « nous devrions avoir pleinement confiance en nous, car notre culture traditionnelle continue de briller après tant de difficultés et de combats tumultueux. Comme le disait l’un de mes amis chinois, "le remède qui peut guérir les maux du monde demeure caché au Tibet". Et ce remède, c’est précisément notre culture, nos traditions. Si nous-mêmes ne les apprécions plus, comment sera-t-il possible de guérir le malheur du Tibet ? (...) Alors qu’aujourd’hui le monde devient un village global par la mondialisation, si nous voulons y avoir notre place, exprimer nos opinions, défendre nos intérêts et nos droits, nous n’avons qu’un seul choix : nous en tenir à nos traditions. »
Certes, rien n’est facile sur ce toit du monde sur lequel se focalisent tant d’intérêts divergents et de contradictions, mais aussi de rêves et d’illusions. Des hommes et des femmes y vivent, enjeux impuissants de rapports de forces inégaux et d’appétits débridés. Les uns appellent au secours, d’autres veulent étouffer ces SOS, d’aucuns tentent de les porter plus loin. Politique contre éthique, richesses matérielles contre ... quoi, au fait ? Quête d’équité, de justice, de respect de l’altérité, ou tout simplement de liberté pour autrui comme pour soi : liberté d’être soi-même sur son propre sol, liberté d’être et de choisir sa voie, ou son destin. C’est aussi cela, le Tibet, une belle cause bien difficile à faire entendre à l’heure du fric tous azimuts, mais la lumière demeure quelle que soit l’obscurité des ténèbres. « Nous sommes entrés dans le XXIème siècle sans nous débarrasser des habitudes du passé. Certains croient que la raison du plus fort est toujours la meilleure. Le contraire pourrait en fin de compte s’avérer plus vrai  » : parole de Dalaï-lama...

Lettre de C. Levenson Septembre 2005

(*) « Unlocking Tibet », Woeser et Wang Lixiong, 2005 (en anglais)
édité à compte d’auteur et disponible auprès de http://www.tibet.fr : Commandes à adresser à France-Tibet, 10 rue Jean Macé 75011 Paris, accompagnées d’un chèque de 32 € port compris.

 

France Tibet,
Maison des Associations
BP 55
36200, Argenton-sur-Creuse.

Source et © Association France Tibet
Site Web http://www.tibet.fr/