A l’heure où Hu Jintao continue à
administrer son cher Tibet par la manière forte, la Chine doit gérer un
autre front "interne" plus au nord : les musulmans Ouïgours se seraient
de nouveau révoltés ces dernières semaines dans la région autonome du
Xinjiang-Ouïgour et en particulier dans la ville de Hotan (1) déjà
réputée pour ses soulèvements depuis des lustres.
Dans cette région
comme au Tibet, Beijing ajoute à la violence au quotidien une stratégie
de déculturation de longue haleine : répression religieuse et
culturelle, campagnes de stérilisation et de dilution ethnique... la
proportion des Hans dans la population a ainsi quadruplé ces cinquante
dernières années (2) et ils ne devraient pas tarder à devenir l’ethnie
dominante... comme partout où l’ordre impérial doit régner.
Mais de
ces deux crises qui embrasent l’Ouest de la Chine, la plus médiatisée
n’est pas nécessairement la plus dangereuse pour le régime de Beijing.
Le
gouvernement en exil du Dalai Lama a déjà embrassé la démocratie et
abandonné toute ambition politique pour se focaliser sur le seul combat
culturel, il prône depuis le départ une approche pacifiste sans se
faire d’illusion sur le maintien du Tibet dans le giron impérial.
Enfin, le Bouddhisme est la seule religion majeure épargnée par le
fondamentalisme et le rayonnement religieux du Tibet n’a pas vraiment
de conséquences aux frontières.
Le cas des Ouïgours s’avère bien
plus épineux : le fait religieux se situe au cœur du conflit mais il
concerne l’Islam dans le contexte international pour le moins tendu de
l’après 11 Septembre. Si l’ethnie ouïgour est plus proche des Ouzbeks,
Hotan ne se situe qu’à quelques centaines de kilomètres du Pakistan et
de l’Afghanistan, de régions à hauts risques comme le Pamir ou le
Kashmir. Par ailleurs, la Chine figure clairement parmi les cibles
privilégiées des fondamentalistes cherchant à raviver le choc des
civilisations et à déclencher le soulèvement des minorités musulmanes.
Les théoriciens de l’internationale islamiste rêvent depuis des années
de faire tomber l’Empire du Milieu, coupable à leurs yeux d’avoir entre
autres annexé cette région autonome qu’ils reconnaissent sous le nom de
Turkestan Oriental ou d’Ouïgouristan.
Comme Poutine avec les
Tchétchènes, Beijing a su au mieux exploiter le 11 Septembre pour
accentuer la répression. Quand on voit aujourd’hui comment la
propagande d’état dépeint le Dalai Lama en terroriste sanguinaire
déterminé à lancer des attentats suicides, on peut aisément imaginer le
portrait dressé des anonymes rebelles ouïgours.
D’un côté, le
pouvoir central est géné de devoir communiquer sur des menaces pesant
sur l’unité du pays ; de l’autre il est bien pratique de pouvoir
ressortir le dossier pour calmer les esprits au moment où la communauté
internationale se mobilise : le pays lutte contre le terrorisme et ne
doit rien laisser passer au Tibet comme dans la perspective des Jeux
Olympiques.
Il n’y a donc pas de hasard du calendrier et l’année
2008 se confirme décidément comme celle de tous les dangers pour
l’Empire du Milieu : le ralentissement de la croissance ne compensera
plus l’explosion de l’inflation, les inégalités économiques et les
tensions sociales et régionales s’intensifient, l’explosion programmée
des bulles boursières et immobilières renforcera probablement les
bataillons des mécontents... et la grande fête du sport s’annonce comme
un échec retentissant (indépendamment du contexte politique, le public
se désintéresse de plus en plus de performances de moins en moins
crédibles).
Au pays de Sun Tzu, la force de cette dictature dirigée
comme une multinationale réside dans la qualité du pilotage
stratégique, et les cerveaux de Beijing ont corrigé le tir depuis un
moment sur les minorités : ils savent qu’au lieu de plaquer le modèle
monolithique classique il leur faudra capitaliser sur leur diversité
culturelle contrôlée pour s’imposer au reste de l’Asie (cf
tentative d’anschluss culturel sur la Corée
avec des armées d’historiens révisionnistes et la création d’un hub
international). Mais il devient de plus en plus illusoire de maintenir
un pouvoir centralisée dans une société en réseau.







4 comments :
au passage, un petit coucou à mes visiteurs d’Akqi, Urumqi ou Darbo.
ce problème des ouïgours est complètement occulté par les médias
Il faut dire que le combat du placide ,généreux et souriant Dalaï Lama est très sympathique et rappelle celui de Gandhi
problème des Ouïgours complètement caché par la Chine et occulté par les médias
Il faut dire que le combat du généreux, placide et souriant DalaÏ Lama inspire la sympathie et rappelle quelque part celui de Gandhi
Peu connu ce problème des Ouïgours, occulté par les media occidentaux . Par contre le calme ,souriant, diplomate Dalaï Lama inspire respect et sympathie.
Son combat rappelle celui de Gandhi