Lutte nonviolente pour des moyens d’existence et militarisation globale : liens et stratégies

War Resisters’ International
Du bureau de l’IRG
Le fusil brisé, Septembre 2009, No. 83
Lutte nonviolente pour des moyens d’existence et militarisation globale : liens et stratégies
Quand vient le moment d’organiser une Conférence triennale de l’IRG (plus
souvent quadriennale de nos jours), nous cherchons une thématique qui
combine plusieurs éléments de notre vision. A l’instar de Gandhi qui a
donné une tournure militante à l’ancienne notion d’ahimsa (sans mal),
en la transformant en « action basée sur le refus de faire du mal », le
« Non » de l’IRG à l’implication dans la guerre et ses préparatifs nous
conduit à mener et à soutenir des actions nonviolentes dans des
contextes très variés. C’est ce qui nous amène en fin de compte à
vouloir construire des mouvements pour une transformation sociale
nonviolente.
La thématique de la triennale d’Ahmedabad en 2010 juxtapose les luttes
nonviolentes pour des moyens d’existence, c’est-à-dire la résistance
nonviolente des communautés face à des menaces locales, et les forces
globales qui constituent ce danger, particulièrement l’aspect mondial
de la militarisation. Les différences sont notables : la campagne d’une
communauté pour sa survie et sa dignité ne se caractérise pas de la
même manière qu’une campagne de militant-e-s qui choisissent de
s’impliquer pour démanteler la machine de guerre. Pour autant, la
solidarité générée par le rassemblement – du global et du local, de la
communauté dont les moyens d’existence sont en danger et de celles et
ceux qui sont soucieux de défier les structures de pouvoir de leur
propre société – peut d’une certaine manière construire un
contre-pouvoir à même de faire face, de résister et peut-être un jour
d’arrêter les forces de destruction.
L’histoire de l’action nonviolente – et de fait la résistance à la guerre – se caractérise par cette double dynamique : d’une part des communautés locales s’opposant aux abus de leurs dirigeant-e-s et d’autre part, une notion de globalité, d’une humanité commune qui transcende les frontières et qui traverse les structures de pouvoir hiérarchiques.
Le programme de la conférence
La conférence d’Ahmedabad s’ouvrira sur la contribution de l’un des
penseurs indiens les plus critiques envers les politiques de
mondialisation capitaliste, probablement Arundhati Roy. Les trois
autres assemblées plénières se pencheront sur les problématiques
suivantes : « L ’exploitation minière : une menace pour la communauté,
une contribution à la guerre » avec un ou une intervenante de la lutte
contre la mine de Bauxite de Vedenta à Orissa en Inde ; « La lutte pour
la terre » avec une intervenante paraguayenne de Via Campesina, réseau
mondial avec lequel l’IRG n’a pas encore eu beaucoup de contacts
directs ; et « Les alliances transnationales, leur rôle dans la lutte
nonviolente », avec Medha Patkar devenue célèbre de par la campagne
contre les barrages sur la Naramda. Cependant, la majeure partie de la
conférence se déroulera en ateliers où les participant-e-s auront
l’opportunité de contribuer, de partager leur expérience et de
s’informer. Si vous voulez mettre en place un atelier, il n’est jamais
trop tard.
Cette triennale sera la troisième se déroulant en Inde. Nous serons à
Ahmedabad, au Vidyapith du Gujarat, une université fondée par Gandhi
lui-même et qui peut s’enorgueillir d’avoir été fermée trois fois à
l’occasion de campagnes de désobéissance civile dans la lutte pour la
liberté de l’Inde. Nos deux autres hôtes sont issus de deux terrains de
luttes différents. Le Sarvodaya Mandal du Gujarat a été créé dans les
années 1950 pour coordonner le Bhoodan (le don des terres), campagne
menée par Vinoba Bhave, héritier spirituel de Gandhi ; et le Sampoorna
Kranti Vidyalala (Institut pour la révolution totale) fondé par Narayan
Desai dans les années 1970 pour développer le mouvement nonviolent
contre l’état d’urgence imposé par Indira Gandhi face au « Mouvement
pour la révolution totale ». Tous trois restent étroitement impliqués
avec de nombreux mouvements nonviolents. Ils seront nos hôtes
officiels. Cependant, nous n’irions pas en Inde sans rendre visite à
trois activistes nonviolents radicaux qui vivent dans des villages du
Gujarat : Swati Desai, Michael Mazgaonkar et Anand Mazgaonkar. En plus
de la conférence, une excursion permettra de visiter des projets
nonviolents dans les environs d’Ahmedabad, scène de par le passé
d’émeutes meurtrières intercommunautaires ; et nous pourrons aussi
organiser des excursions plus éloignées.
Bien plus qu’une conférence
WRI Triennial in Vedchi, India 1986
Une triennale de l’IRG est bien plus qu’une simple conférence. Bien sûr, il s’agit d’une partie intégrante du travail permanent de l’IRG. Les idées que nous injecterons devrait alimenter notre action et notre coopération, celles et ceux que nous rencontrerons deviendront des collègues et notre réseau croîtra ainsi en en nombre comme en efficacité. Les triennales restent un moyen déterminant pour nos efforts de construction d’une communauté transnationale de résistant-e-s solidaires, étant à même d’amplifier chaque message d’où qu’il vienne vers le monde entier. C’est pourquoi des militant-e-s, de l’Australie au sud à la Finlande au nord, lèvent des fonds pour soutenir la participation d’autres militant-e-s avec qui ils et elles travaillent dans d’autres pays, et c’est pourquoi Patrick Sheehan-Gaumer va courir un marathon sponsorisé en Nouvelle Angleterre, aux États-Unis, pour financer sa participation et celle d’une autre personne à la triennale.
Quelque soit le programme, nous essaierons de profiter au maximum du
moment où tant d’entre nous, de tant de pays différents seront
ensemble. Souvent, les participant-e-s soulignent que les moments
qu’ils préfèrent dans une conférence se situent en dehors des
assemblées mais plutôt dans la queue au réfectoire ou dans les soirées,
par exemple. Peut-être cela vaut-il aussi pour les conférences de
l’IRG, mais nous ferons de notre mieux pour qu’à Ahmedabad les
assemblées aussi soient interactives – ainsi, nous proposons de
commencer chaque journée par une scène de « Théâtre journal » (une
technique associée au Théâtre de l’opprimé d’Agosto Boal) écrite à
partir des dernières nouvelles du jour.
J’avais 22 ans quand j’ai assisté pour la première fois à une
triennale, en 1972, et j’en suis sorti fortement impressionné. Pas pour
la qualité des débats (pour être franc, ceux-ci étaient très inégaux),
ni pour la possibilité de passer du temps avec des militant-e-s
légendaires que je ne connaissais que par mes lectures ou des
prisonniers et des prisonnières tout juste libéré-e-s. En premier lieu,
je fus frappé par le sentiment de « rencontre », de découvrir la
personne qui se qui se cachait derrière une simple adresse. Puis, je
fus impressionné par la force des sentiments, de combien nous tenions
tou-te-s à ce travail pour une cause commune et au-delà pour ce que
nous poursuivions, malgré la difficulté de la tâche – Beaucoup de
résistant-e-s à la guerre sont du genre persévérant-e-s ! J’espère que
toutes celles et tous ceux qui participeront à leur première triennale
à Ahmedabad auront le même type d’expérience.
En parcourant la liste des participant-e-s déjà inscrit-e-s, je vois les noms de plusieurs personnes que je suis très impatient de rencontrer. Les raisons en sont variées. Pour certain-e-s, il s’agit de savoir « Mais comment avez-vous fait ceci ? », pour d’autres « Qu’avez-vous ressenti en faisant cela ? » et dans tous les cas « Et maintenant, quelle est la suite ? » ou « À quoi devons-nous nous attendre maintenant ? ». Pour certain-e-s, c’est par ce qu’ils viennent d’un lieu où les sources d’information – y compris celles issues des mouvements – nous laisse sur notre faim. Rafael Uzcategui du Venezuela en est un bon exemple ; il a toute la confiance de l’IRG en tant que référence antimilitariste malgré la propagande pour et contre la « Révolution bolivarienne » de Chavez.
Pour l’IRG en tant qu’organisation, la triennale est un moment vital de renouvellement : les nouveaux membres rejoignent le conseil, de nouveaux projets seront peut-être lancés et, tou-te-s ensemble, nous nous pencherons sur les nouveaux défis qui s’offrent à nous. Si vous lisez ces lignes, votre participation est la bienvenue.
Howard Clark, ′président de l’IRG.
Published in Le fusil brisé, Septembre 2009, No. 83
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